Je fais suite à la publication par CasusTV de sa première vidéo sur Youtube intitulée « Qu’est-ce que le jeu de rôle ? Par Maxime Chattam » mais aussi plus généralement de l’abondance récente de vidéos qui tentent de définir le jeu de rôle.

Pourquoi vouloir présenter le jeu de rôle ?

C’est une volonté tout à fait logique pour un rôliste de pouvoir expliquer ce qu’est son hobby, tout comme on a envie d’expliquer à un néophyte en quoi consiste le curling, ou la peinture sur soie. Le jeu de rôle fait parti de ces loisirs méconnus du grand public, qui nécessite qu’on l’explique sans quoi le tout venant en a au mieux aucune idée du tout, au pire une vision biaisée (ça se joue en costume ? c’est du jeu vidéo ?).

La difficulté arrive quand on constate la multiplicité des pratiques qui entourent le jeu de rôle. Chaque table, chaque animateur ou meneur de jeu, chaque association, chaque communauté a sa façon d’appréhender le jeu de rôle et tenter d’en définir les grandes caractéristiques revient en fait à se poser la question : c’est quoi le jeu de rôle ? Question somme toute compliquée, au même titre qu’on n’a toujours pas réussi à se mettre d’accord sur ce qu’est l’art ou pire encore le sens de la vie.

Alors que faire, mes bons amis ?

Si présenter une forme basique DU jeu de rôle semble un sacerdoce, peut-être faut-il envisager de présenter UN jeu de rôle, un seul à la fois, et de multiplier l’expérience autant de fois que nécessaire pour recouvrir l’ensemble de sa diversité, et permettre à tout un chacun de s’approprier ces jeux de société, ou pas, selon ses affinités.

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La corrélation entre LE jeu de rôle et une illustration de fantasy.

Mais c’est quoi cet acharnement contre cette vidéo qui a une initiative très louable ?

Je ne dis pas qu’il faut abandonner la présentation de notre loisir. Ce que je dis c’est qu’il est impossible d’aller voir des néophytes et d’aller leur donner une définition satisfaisante du jeu de rôle qui puisse n’exclure personne. Le jeu de rôle, ça se joue avant tout, et la meilleure façon de le présenter c’est qu’une diversité de pratiquants proposent des parties à tout le monde. Proposer une vidéo de présentation générale qui se prétend neutre en établissant le jeu de rôle avec un paquet de clichés (aussi bien dans le texte que le visuel), avec du placement de produit (qu’il soit volontaire ou non), c’est un scandale, mais tout le monde semble apprécier la réalisation léchée et le sérieux de Mr Chattam. Elle est d’autant plus problématique qu’elle est bien faite et que l’entreprise est louable.

On pourrait éventuellement se dire qu’une multiplication des présentations du jeu de rôle par les différents pratiquants du jeu de rôle serait à même de représenter une certaine diversité. Mais je pense que ça ne ferait que renforcer des clichés, en délimitant des caricatures de pratiques, là où les pratiques sont un ensemble de nuances. Ces même caricatures, qui par exemple, tendent à figer les jeux de rôle indépendants comme systématiquement sans MJ, ou avec des thématiques intello, là où on pourrait sortir un paquet de contre-exemples.

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Pathfinder, des dés et une feuille de personnage. Le jeu de rôle ?

Concernant l’affiliation BBE et Casus Belli, ça ne me pose pas de problème à priori. Je travaille moi-même sur ma chronique vidéo Mandala, et je ne me cache pas de défendre ma propre paroisse, mes jeux ainsi que ceux des Ateliers Imaginaires, tout comme je pense le fait de façon assumée Romaric Briand avec La Cellule. Mais jamais je n’irai faire une vidéo pour dire que le jeu de rôle, c’est notre pratique, en excluant directement tout le reste sous prétexte que c’est la pratique majoritaire et historique ou que c’est le jeu de rôle qui vaut la peine d’être présenté avant tout le reste.

En réalité, je ne défends pas seulement ma propre pratique du jeu de rôle, mais toute la diversité qui existe même au sein du JDR , y compris des pratiques dont je ne soupçonne même pas l’existence. Ce n’est pas une façon de me victimiser parce qu’on « bouh, on ne parle pas de ma pratique, je suis un vilain petit canard ». Je veux simplement mettre en lumière qui me semble dérangeante pour l’ensemble du jeu de rôle qui est de vouloir à tout prix prendre un angle d’attaque généraliste pour espérer attirer de nouvelles recrues au jeu de rôle, qui finissent par être de l’exact même moule, cercle vicieux de la culture geek qui engrange de la culture geek, au détriment de la diversité.

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***

Ce que je vois dans cette vidéo, ce n’est pas tant une tentative louable de présenter le jeu de rôle au grand public qu’une caricature du jeu de rôle qui le fige dans une pratique qui exclut toute la diversité de ce beau medium, et qui largue au passage un paquet de gens qui auraient pu s’y intéresser.
Je n’ai rien contre Maxime Chattam ou Black Book Editions, dont je respecte le travail, ni contre tous ceux qui ont tentés de faire des présentations du jeu de rôle jusqu’à présent. Mon but est de questionner et de débattre. Avons-nous réellement besoin de ces vidéos ? Est-ce que vous aidez vraiment le jeu de rôle à s’épanouir en faisant cela ?

On me parle d’intégrisme, de dogmatisme, là où je m’y oppose au contraire fermement, en clamant l’impossibilité de présenter LE jeu de rôle. Il n’y pas DU jeu de rôle, mais DES jeux de rôles. Vous voulez présenter le jeu de rôle au grand public ? Proposez leur une diversité de jeux qui est susceptible de les intéresser et faites les jouer. Faites leur participer à des parties aussi différentes les unes que les autres, montrez leur comment le jeu de rôle peut être à la fois divertissant, émouvant, épanouissant mais aussi utile, bouleversant et subversif. Tant que vous continuerez à vouloir réduire le jeu de rôle à la somme de ses clichés, vous incarnerez un dogme. Ne faites plus ça, je vous en prie.

 

14 thoughts on “De l’impossibilité de présenter le jeu de rôle

  1. « Montrer des parties de jeu de rôle ».
    Je reste particulièrement dubitatif sur cette proposition. Nous l’avons tous plus ou moins connu, le néophyte à qui l’on propose de jouer, et qui préfère observer. Le résultat est qu’en restant extérieur à la partie, il finit par s’ennuyer, par ne pas saisir certaines références ou blagues (à des parties ou des personnages passés, à des poncifs de certains jeux, des clins d’œil divers), et par ne voir que des personnes autour d’une table avec des trucs griffonnés sur un papier, des dés qui roulent, des gommes, des types qui s’excitent, interprètent, miment, jouent, parlent, …
    Mais vu de l’extérieur, c’est souvent rébarbatif, à moins de détenir certains codes et clés, et par essence, le néophyte ne les détiens pas.

    1. C’est assez juste ! Cela dit, Aventures ne se gêne pas pour le faire, et je préférerai qu’il y ait une diversité de show montrant des parties de JDR plutôt que d’avoir que des jeux de la même trempe. Et je pourrais rajouter que le meilleur moyen de présenter le jeu de rôle, ça reste de proposer des parties, avec un large panel de jeux divers et variés.

  2. Définir un périmètre… voilà toute la difficulté de l’exercice. Ce qui me dérange principalement avec les attaques ultra-virulentes contre cette vidéo, c’est que ces attaquants oublient « le reste » : dans la masse youtubeques, cette dernière vidéo est sans doute l’une des bien plus construite qui existe : courte, claire, concise, propre… j’ai lu des tas de posts à droite et à gauche qui défendent des vidéos improvisées de 30 minutes pour présenter le jeu de rôle (et qui ne couvrent pas plus toutes les pratiques !) où on sent bien que les auteurs/acteurs n’ont aucune idée de ce qu’ils vont dire, qu’ils n’ont pas de plan, qu’ils n’ont même pris la peine de monter la chose… (il y a quelque semaines sur Discussion Rôliste d’ailleurs où quelqu’un demandait quelle était la « meilleure » vidéo pour présenter le jdr). A mon sens, il est préférable qu’un quidam tombe par hasard sur celle-ci que sur bien d’autres.

    Oui, elle ne couvre pas toutes les pratiques. Oui, il y a tant d’autres choses à dire… Faut-il alors interdire toutes ses initiatives ? Personnellement, je me classe parmi les râlistes de première zone et cette vidéo, après les horreurs que j’ai visionné en préparant un article il y a quelque temps (et en allant jusqu’au bout !), pour moi, tient la route.

  3. Ne nous en cachons pas : j’ai apprécié cette vidéo, sans pour autant la juger exempte de défauts. Je trouve votre réflexion sur la (non) pertinence d’une présentation unifiée intéressante, car assez vraie en l’état. Mais n’est-ce pas tout simplement qu’il manque une définition « de base » de ce qu’est le jeu de rôle ? Une sorte de plus grand dénominateur commun, un petit quelque chose de transversal au jeu de rôle sous toutes ses formes, ses systèmes, ses univers et ses pratiques ?
    Si nous pouvions enfin mettre le doigt sur ce quelque chose qu’ont tous les jeux, toutes les tables, en commun, ne pourrions-nous pas enfin livrer une présentation satisfaisante de notre loisir ?

  4. Comme tu le sous-entends dans ta conclusion, le jeu de rôle est une activité si diversifiée aujourd’hui qu’il est désormais extrêmement difficile (pour ne pas dire impossible) d’en donner une définition qui couvre toutes les branches, tous les cas particuliers, toutes les variantes. Et peut-être bien qu’au final, cette définition ne sert à rien, du moins quand on parle de présentation du JdR à des personnes qui ne connaissent pas cette activité. Parce qu’après tout, quand on découvre un jeu, on a surtout envie de savoir comment fonctionne CE jeu, et pas toute sa ribambelle de cousins. Et c’est une démarche que feraient bien d’adopter de nombreux auteurs de JdR, qui s’évertuent à nous expliquer dans un paragraphe souvent ampoulé ce qu’est le jeu de rôle, plutôt que d’expliquer ce qu’est précisément leur jeu et comment il fonctionne. Un peu comme un joueur de foot qui tenterait d’expliquer ce qu’est le sport en général.

  5. Bonjour,
    peut-être aurait-il été plus judicieux et productif d’utiliser le temps consacré à la rédaction de cet article pour faire une petite vidéo de présentation d’un autre type de JDR ?
    L’idée même que l’exposition des JDR traditionnels est un frein au développement de notre loisir dans sa diversité globale est une contre vérité.

  6. Je trouve cette polémique grotesque. À part montrer encore et encore que plus un milieu est petit, plus il y a de chapelles, elle n’apporte rien.

    On montre une seule vision d’un jeu de rôle classique?
    Et alors c’est la façon ultra majoritaire de jouer, n’en déplaise à mes joueurs, il y a plus de mecs qui jouent à Pathfinder, Cthulhu ou même Te Deum pour un massacre qu’à Perdus sous la pluie ou autres jeux forgiens.

    Les mecs ils montrent leurs jeux à eux?
    Étonnant, les mecs éditent des jeux, font une vidéo avec un gars qui a un peu de notoriété (petit conseil pour la suivante demandez à Astier) et on voudrait qu’ils y mettent la came de leurs concurrents… Sérieux faut grandir un peu. Ou faire vos propres vidéos.

    Y a que des images de fantasy, ça peut faire fuir du monde.
    Ça c’est vrai, le médiéval bourrin n’est pas fin, on aurait pu mettre Berlin XVIII et son ambiance primesautière ou alors Festen RPG pour montrer qu’on peut jouer des trucs matures ou alors le jeu qui se vend le mieux actuellement? Bof je sais allons plutôt mettre un jeu plus consensuel comme Cthulhu, édité par des concurrents. En 3 mn les options sont limitées, mais sérieusement polémiquer pour ça?

    1. Ce que je trouve vraiment dommage c’est ce côté conservateur du milieu roliste: « on a commencé avec Donj’ et Cthulhu, on continue à présenter ça ». Ouais, ok, moi aussi je présente aussi du Donj’ ou du Star Wars mais je présente aussi du sombre, du Monostatos ou du Happy parce que j’aime le jeu de rôle dans toute sa diversité et que je cherche à prouver que ce n’est pas un loisir de geek hardcore.
      Mais visiblement certains veulent qu’on reste entre nous. C’est triste….

      1. Cela parait normal de citer en exemple des jeux traditionnels et historiques et pas des jeux trop pointus, limités dans leurs propos et qui ne proposent bien souvent que de ne jouer un type de parties. C’est justement cela élargir le champ des joueurs potentiels en prenant pour exemple la réelle potentialité du JDR. Heureusement que les exemples d’illustrations de cette vidéo sont des jeux généralistes et pas des jeux hyper limités comme le souhaitent les petits frenchies qui ont découvert la Forge et tentent de fonder une « nouvelle religion » sans chercher a réellement inventer d’autres modèles moins restrictifs et plus actuels !!

  7. L’exercice de présentation répond à un impératif de pédagogie et de clarté. Il est donc paradoxale de lui reprocher de ne pas tendre vers l’exhaustivité (présenter en une fois toutes les pratiques de jdr dans toutes leur richesse) ou vers la précision (présenter à la fois les principes historique du jeu et leurs exceptions/courants/évolutions).

    – car pour être exhaustif, on ne peut faire l’économie de la longueur, or la longueur affaiblie la force de la pédagogie (risque de perdre l’attention du public au fil de la présentation) et la longueur dilue la clarté (les concepts sont plus clairs lorsqu’ils sont énoncés de manière concise).
    – car pour être précis il faut régulièrement insérer régulièrement des parenthèses qui viennent nuancer/préciser notre propos général (nouvelle perte de concision dans la formulation du concept) et en plus il faut expliquer à son public, s’il ne les connait pas, les références de contexte sur lesquelles s’appuient nos nuances/précisions.

    Faut-il alors renoncer à « présenter » le jdr ? Sûrement pas si on souhaite à terme partager sa pratique avec de nouveaux arrivants.
    Faut-il bannir le médium de la vidéo pour le faire ? Je ne le pense pas, vu la popularité de ce médium et ses facilités.

    Que faire alors ?

    Ergoter entre rôlistes sur le caractère excluant de telle ou telle vidéos pour finalement ne rien faire ?
    Mis à part donner un os à ronger aux commentateurs mondains du jdr (c’est trop ci, pas assez ça, j’aurai fait ça différemment si je m’étais sorti les doigts..), ça ne fait finalement que laisser un espace vide (qui risque d’être colonisé par la pub ou les tiers) et paralyser les démarches ultérieures.

    Pourquoi alors ne pouvons-nous pas tout simplement nous servir des vidéos de présentation du jdr pour ce qu’elles devraient être :
    – ni des vidéos de « définition » du jdr (qui est un exercice conceptuel bien différent de la « présentation », j’ai déjà longuement écrit sur le sujet ailleurs, je ne développe pas plus ici).
    – ni des vidéos de présentation qui prétendent se suffire à elle même (comme l’auteur de cet article en a la juste intuition)

    mais amha des vidéos qui présentent le jeu de rôle dans une (au choix) de ses pratiques traditionnelles les plus répandues (faute de pouvoir le faire clairement en englobant TOUTES les pratiques) ET SURTOUT qui incitent le néophyte à assister à la seule vrai présentation évocatrice qu’on pourrait lui faire du JDR : participer à une partie.

    La bonne vidéo de présentation du jdr, ce n’est pas celle dont le visionnage laisse avec le sentiment d’avoir compris ce qu’était le jdr, mais avec la curiosité de jouer sa première partie pour en savoir plus.

    my twoo cents…

    1. Cela doit être une histoire de semi-homonymie mais je suis en accord avec ton commentaire et je trouve très pertinente ta distinction entre « définition » et « présentation » (je découvre au passage ton excellent site et -au risque de commenter tes textes anciens qui ne correspondent plus à tes positions actuelles- j’ai beaucoup aimé tes manifestes). Tenir à utiliser des définitions précises (voire mathématiques) dans des conversations courantes c’est l’assurance de ne plus discuter (d’ailleurs on abouti dès le titre à l’idée d’une impossibilité).

      La vidéo de Maxime Chattam/BBE est une vidéo qui ne permet pas vraiment de se faire une idée concrète du fonctionnement du JDR (des JDRs) mais qui fait plein de promesses à ses spectateurs (promesse de créativité, de convivialité, d’incarnation de l’altérite). C’est exactement ce que l’on peut attendre d’une présentation du loisir (et c’est quelqu’un dont la grande majorité des parties ne correspond pas à cette présentation qui le dit).

      1. Oui, nous sommes d’accord sur ces deux points :
        1 – Pour présenter le jdr, une « définition » rigoureuse est inenvisageable ou en tout cas radicalement inadaptée.
        2 – La vidéo de M. Chattam est probablement une bonne vidéo de « présentation » en cela qu’elle atteint visiblement l’objectif de toute autre bonne présentation du jdr : pensée pour des néophites en constituant un sas qui peut leur donner envie d’en savoir plus. (un sas intermédiaire en terme : de champs lexicaux, d’intérêt manifeste du loisir, de codes, de contexte etc.)

        Il est évident qu’il y aurait à dire sur le fond et la forme de vidéo de M. Chattam comme il y en aurait à redire sur toute autre présentation. Indépendamment de la qualité, la raison principale de ces pelotons d’exécution me semble évidente : le défaut de structuration adolescent de la majorité de communauté rôliste en ligne.

        Pressée de jouir, peu concernée par les aspects qui ne promettent pas un plaisir immédiat, méfiante à l’idée d’organiser en amont sa structuration, sa défense et sa communication publique, tétanisée par la peur de donner des limites à son loisir au point de le laisser se diluer jusqu’à l’horizon, elle ne structure plus, ne thésaurise plus, papillonne, séduit au lieu d’argumenter, confond le groupe avec le collectif mais commente tout avec l’orgueil de celui qui sait au milieu d’une foule étrangère.
        Dès lors il est inévitable que tous les projets à vocation structurante soient inévitablement dégommés à tort ou à raison : largement assimilé intuitivement à un projet de maturation forcément inquiétant pour le rôlisme adolescent.

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